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PAGE LIMINAIRE / TERRITOIRE D'ECRITURE |
22/08/2010 - Je suis sortie dehors. Le jardin gagné par l'ombre tremblait à peine dans la ville. Durant l'été, les ramification des cucurbitacées ont colonisé des mètres de pelouse, elles se sont lovées sur un buisson de lavande d'où pend un fruit inapproprié, elles ont grimpé le long du cyprès. Je laissais mes yeux effleurer les feuilles amollies, je goutais ma solitude. J'ai suivi des yeux un papillon jaune entre les feuilles rouges du prunier. La verveine a perdu toute odeur dans la stupeur. Il m'a fallu un long moment pour comprendre ce qui n'allait pas. Ce qui n'allait pas, c'était que j'étais assise sur une marche de pierre qui avait emmagasiné la longue chaleur d'août, et que je me brûlais les fesses. Il était un peu plus de cinq heures. C'était il y a quelques minutes.
04/08/2010 - Tu es plus belle que le ciel et la mer Quand tu aimes il faut partir Quitte ta femme quitte ton enfant Quitte ton ami quitte ton amie Quitte ton amante quitte ton amant Quant tu aimes il faut partir (...) Blaise Cendrars
28/07/2010 - paradoxe
"Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de toutes pièces, dans des circonstances qu'ils auraient eux-mêmes choisies, mais dans des circonstances qu'ils trouvent immédiatement préétablies, données et héritées. La tradition de toutes les générations disparues pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants. Et, au moment précis où ils semblent le plus occupés à se bouleverser eux-mêmes et à bouleverser les choses, à créer quelque chose qui ne s'est jamais vu, c'est justement là, dans de pareilles époques de crise révolutionnaire qu'ils incantent anxieusement les esprits du passé, les appelant à la rescousse, leur empruntant leurs noms, leurs mots d'ordre et leurs costumes, pour jouer, sous ce déguisement vénérable et dans cette langue d'emprunt, les nouvelles scènes de l'histoire universelle."
Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte
08/06/2010 - La Vénus d'Urbino Je ne suis pas la seule, mais ce tableau m'obsède. Moi aussi, il m'obsède. Comme s'il mettait en scène le mode de révélation à l'oeuvre dans le secret de la/ma chambre noire. Tout y est: l'enfer de la double injonction, touche/pas touche. le dispositif de contiguité des lieux, mode de composition à mes yeux éminemment productif, qui, à la manière de l'anneau de Moebius, joue ici avec l'illustion réaliste. l'énigme du sens, dérobé à l'instant où il s'offre. une poétique du lieu, ses verts, sa chair, son ciel, ses arbres. la féérie du liant huile-thérébentine, articulant, seul, en Vénus, l'espace d'un regard imaginaire, créateur et spectateur. et j'en passe. à suivre.
12/05/2010 - Pékin par la papille (12 et 13 avril) micro dégustations: brochettes de champignons effilés, pareils à du vermicelle, frémissant dans un bouillon pimenté; tentacules, grillées à la braise; ravioli au porc et à l'hibiscus, cuits à la vapeur. curiosité: tartelettes portugaises, pasteis de nata, sans doute introduites en Chine par le comptoir de Macao. quelques dégoûts: un poisson d'eau douce, gueule de carpe, dont le gingembre peine à masquer le goût de vase, et dont je m'efforce de ne pas croire qu'il a été, peut-être, pêché le long du lac (very famous) exhalant ces odeurs d'eau fétide. il y a quelques instants, par l'entrebaillement il se tortillait dans la main du chef, vert d'étang, luisant, sans écailles. aussi: piles de tête de canards grillées, à grignoter telles quelles, à toute heure. L'odeur d'os brûlé (relents d'Aïd); les deux trous, à la naissance du bec. De vraies narines.
01/04/2010 - points cardinaux (extrait) aurore quatre fois cimentée dans l'aine des paysages en toi gît l'essor reconduit de toutes les boussoles
17/03/2010 - Le Roi et la Reine

Madrid 1936; dans la piscine de son palais, la duchesse d'Arlanza se montre nue à son jardinier, Romulo, au prétexte que celui-ci n'est pas un homme... Le lendemain de cette scène, la guerre civile éclate...
Le Roi et la Reine de Ramon Sender, traduit par Emmanuel Robles dessins, Anne Careil automne 2009, Attila http://www.editions-attila.net/
14/03/2010 - entre attendre et vide toujours il y a la perspective d'une valeur menue brillant au milieu des capsules et des autres pierres.
08/03/2010 - Palombière
Ils sont à table. Sur la table : de la salade frisée au foie de volaille ; des pommes de terres sautées dans la graisse de canard ; du canard justement, du confit. Du canard on en mange tous les jours. Enfin, toutes les semaines. Souvent quoi. Ils ne se regardent pas ; plutôt elle remarque qu'il évite son regard. Il va dire quelque chose. Il mâche avec une vigueur particulière qui résonne dans la cuisine. On n'entend que ça, le bruit de cette mastication carnassière, inappropriée sur la salade ; même les foies de volaille ne justifient pas pareil déploiement de mâchoire. Il y a quelque chose à dire, qu'il n'ose pas. Le téléphone sonne. D'ordinaire se lève sans réfléchir. Là elle ne bouge pas. Pour voir. -Tu ne décroches pas ? -Et pourquoi pas toi ? -Pourquoi tu dis-ça ? Tu sais bien, le téléphone, c'est toujours pour toi. Entretemps le téléphone s'est arrêté. Cette fois-ci le silence est beaucoup moins facile à vivre qu'au début du repas. La lumière tombe sur la table, l'ombre de la fenêtre fait une grille qui découpe l'espace en compartiments. Dans un compartiment, le saladier, vide, avec sa sauce ; des morceaux d'ail et de persil collés sur les parois. Dans un autre compartiment, le pain, sec. Et puis la colère qui monte. Pas encore la colère. Suspicion. Ça, qu'il n'y compte pas. Elle ne va pas l'aider. Elle le laisse mariner. Ça lui procure une jouissance qui fond sous la langue avec les pommes de terre. Un instinct murmure prends ta revanche, toujours ça de pris. -Dimanche, ce dimanche, on va y retourner. La phrase est tombée. Les mots s'enfoncent sur son visage comme les serres de l'oiseau qui vient de fondre. Elle devrait se débattre, mais elle n'en est pas capable, alors, elle cherche à gagner du temps ; alors qu'elle sait très bien. -Où ça ? Le téléphone sonne, une nouvelle fois. Cette fois-ci elle se lève. Elle décroche le téléphone. -Oui, très bien oui ; ah tout à l'heure pardon c'était vous déjà, je revenais des poubelles, pas eu le temps... Voulez que je vous le passe ? D'accord, d'accord, je lui dis ça. C'était ta mère. Elle demande que tu passes, ce soir, pour la barrière. Elle n'a plus la force. Et dans la foulée : -Je croyais que tu n'y retournerais plus. -Est-ce que j'ai dit ça, un jour ? -Je ne sais pas, il me semble que oui. En tous cas, ça me semblait être comme ça, que tu n'allais plus y retourner. -Et pourquoi s'il te plait ? Non, vas-y, explique-moi pourquoi je devrais renoncer à la chasse à la palombe, alors que ça fait vingt ans que j'y vais tous les dimanches en saison, avec les copains ? Tu le sais, que c'est important pour moi, non ? Alors ? A cause de quoi ? Pas à cause de ça, quand même. -Avec les copains... Eh bien si, à cause de ça ; je pensais que tu n'irais plus, c'est ce que je pensais. -Excuse-moi de te le dire, tu t'es trompée, Marie-Claude.
A cause de ça, oui. Elle pense que si René n'avait rien à se reprocher, il ne devait plus jamais y retourner. C'est son avis à elle. A moins que ce ne soit le contraire, à moins que, justement, parce qu'il n'a rien à se reprocher, il y retourne... Son regard glisse sur René, il cherche à percer le sens de l'impassibilité exaspérante avec laquelle il essuie méthodiquement son assiette, ce gros morceau de pain poisseux qui dans un instant va lui déformer la gueule... Elle baisse les yeux.
Ce soir-là, elle était dans le jardin. Relever le linge, avant la rosée. Les épingles se cassaient, une sur deux. Tout bouffé le plastique, les laisse sur le fil toute l'année, gel, soleil... Sélection naturelle, ça l'avait fait sourire, une sur deux, c'est sur ce sourire-là qu'elle avait entendu la grille. Même pas retournée : «Alors, t'en as combien, des volatiles?» Les autre fois à peine le temps de poser ce genre de question que le René déversait sur elle un récit de sable tiède, fait de gibecière, de gloriole et du parfum des landes, sonore dans la fin d'après-midi, comme une clairière repousse encore l'ombre. Là, elle s'était retrouvée toute chose avec son paquet de linge rigide sur le bras. A cause du silence. Soudain, dans le claquement frais de l'éventail qu'on referme, elle sentit le lisse des plumes contre sa joue, au moment même où l'appelant se posait sur son épaule. Menues griffes sur la peau, à travers le chemisier. Elle se retourna, n'était même plus dans le jardin, voyait sa silhouette par la baie vitrée, au milieu du salon, indécise comme un amnésique. René, tu n'as même pas fermé la cage ! Elle avait eu envie de courir, mais elle s'était efforcée d'achever ce qu'elle avait en train avec vraisemblance, comme si quelqu'un la filmait, lever la main pour capturer l'oiseau, tout doux, tout doux, l'introduire avec précaution dans la cage, alors, tes frères migrateurs, tu en as attirés, combien ma jolie, puis, retrousser la manche à l'endroit, tirer un pan froissé, rouler une paire de chaussettes, en boule, comme on joue la comédie, ne pas mettre la puce à l'oreille au cancéreux -sans savoir encore, qui de lui, ou d'elle, était condamné ; elle goûtait chaque geste, pli selon pli, le bonheur épais dans la baratte, soudain crémeux, bouleversant dans la fin d'après-midi, de ne rien encore savoir.
Elle s'est toujours demandé comment ils avaient su. Pour Albert. Ça, surtout, qu'il aurait fallu savoir. Si c'était dans un moment de confidence qu'il avait parlé, ou s'il l'avait fait, avec l'un, là-bas. L'un d'entre eux. Pas que ce soit condamnable en soi. Mais que ce soit possible. Avec lui. Là, son ventre se serrait ; c'est qu'elle portait la culpabilité des soirs où elle se tournait du côté du mur, indifférente aux efforts par lesquels René tentait de l'amener à son fait.
-A quoi tu penses, tête de mule ? René a repoussé son assiette avec les miettes; les miettes font un court ruisseau parallèle au bord de la table ; René s'est levé; il a fait le tour de la table avec ses yeux posés sur elle, ses yeux lui font chaud sur la poitrine -à moins que ce ne soit l'étole gorge de pigeon qu'elle a nouée sur ses épaules, avant le déjeûner, parce qu'il fait frais, même à cette heure, en cette saison, et qu'elle n'a pas eu le courage de mettre le poêle en marche, parce qu'il n'y a plus d'allume-feu ; maintenant il est derrière elle, de la main gauche il lui pince la taille, de la main droite il dénoue l'étoffe, il découvre la nuque, il se penche, il lèche, du bout de la langue, juste après avoir lâché, une deuxième fois, en soufflant : -A quoi tu pense, hein, foutue tête de mule ?
25/01/2010 - D'une approximation de calendrier. V. douze ans, grand échalas, les os comme des sabres, s'est mis en cuisine, sous la surveillance de L., esprit d'à propos, six ans. Au menu, galette des rois. Vingt quatre janvier. Confection scrupuleuse, langue entre les lèvres, l'oeil froncé sous la frange, entre deux parties de Super Mario Bross, d'une crème pâtissière associée, refroidie, à une crème d'amandes. Sur ce, L apporte sa contribution à l'ouvrage: deux fèves, dont le rapprochement, s'il occasionne dans mon esprit quelque difficulté d'ordre rationnel, et dans mon âme agite, malicieux, la question du devoir de transmission, n'empêche pas qu'une certaine nécessité poétique justifie, quoi que j'en aie, la contiguité dans la pâte feuilletée de Petit Jésus, et de Titeuf.
24/01/2010 - au fond de moi s'enchevêtre au sable le sommeil obstiné des crevettes grises
21/01/2010 - tu couches avec les draps du passé et tes rêves ont mauvaise haleine
18/01/2010 - chapitre III Qu'il est bon de se servir des études d'autrui sans aucun scrupule. Roger de Pile, L'idée du peintre parfait
18/01/2010 - soit Que le Païsage ne soit point coupé de trop d'objets, qu'il y en ait peu, mais qu'ils soient bien choisis. Et en cas qu'une grande quantité d'objets y soient renfermés, il faut qu'ils soient ingénieusement groupés de lumières & d'ombres, que le site soit bien lié et dégagé(...). Que les devans soient riches, ou par les objets, ou du moins par une grande exactitude de travail qui rend les choses vraies & palpables. Roger de Piles, L'Idée du Peintre parfait
10/01/2010 - tu n'es tu n'es qu'un visiteur moins familier que cette lampe
la nuit ne me tient pas plus chaud que la tente filée des fins du monde
sous la limitation il y a un autre corps
05/01/2010 - écrire en différé. Deux janvier. Sur la pente nord, un bois de chataigners. L'humidité qui nous traverse, laisse dans nos os l'empreinte cinglante de notre propre mort.
J'écris plus volontiers avant hier; aujourd'hui reste muet, sinon inexprimable. Vivre se passe de mots. Inanité de la littérature. C'est quand l'émotion, la conscience d'exister, volatiles, se dérobent et nous laissent dans le désert de leur absence, pareils aux plages qui tremblent à marée basse, qu'écrire monte. Non substitut d'émotion (vanitas!), l'écriture magnifie l'absence. Ecrire n'a pas vocation à transcrire. Peu importent les témoignages. Ecrire murmure la soif d'être bouleversé. Ecrire altère.
04/01/2010 - grasse matinée. Pellicule de sommeil coagulé à la surface de la nuit. Riche en rêves et tourments divers. nota bene: jamais blanche, contrairement aux oeufs.
31/12/2009 - le blog, la chronologie enlisée D'ordinaire, dans la pratique de l'écriture de type éphéméride, du manuscrit papier au support électronique, le support de production et de présentation textuelle a peu d'incidence sur l'art de lire; il y a une coïncidence qui semble aller de soi, entre le sens (la direction, le fil) de l'écriture, et celui de la lecture. Le lecteur est replacé, à l'orée du livre, au moment fondateur de l'écriture; au Commencement. La forme du livre est conditionnée par l'idée de causalité à l'oeuvre dans sa temporalité propre. Le blog (weblog) se construit selon un autre mode de représentation de l'articulation entre écriture et lecture d'un texte éphéméride. Celui de l'Actualité. Ce qui prime, c'est le mot du jour, dont le destin est d'être soumis à la loi de la Péremption. Toute formulation est dans le blog appelée à s'enliser en bas d'écran, jusqu'à disparaître, banalisée par l'opération de sédimentation des couches de paroles. Qu'un lecteur courageux s'aventure entre les plis serrés des lignes antérieures, sa lecture progresse à rebours du fil de l'écriture; en ce sens, le lecteur de blog n'est plus invité à l'identification mythique avec le mouvement de la création; il adopte la posture rétrospective de l'historien. Le seul moment de coïncidence entre écriture et lecture est cette pointe que constitue l'instant fragile, presque utopique, de l'Actualité de l'énonciation.
Quiconque écrit dans un tel dispositif, s'expose à quelques postures inédites. Un des poncifs de l'art d'écrire consiste à reconnaître qu'écrire, c'est réécrire. Or, si dans le cadre du blog, je retouche le texte de la veille, je romps le pacte éphémé-véridique, puisque je falsifie la chronologie. Ou alors, je peux, à la suite, rien que de très commun, poursuivre ma réflexion, sur l'oubli par exemple, hier amorcée, et ajouter que l'oubli est un compost où tombent des matières qui s'y décomposent. Mais alors, et cela constitue dans ma pratique une curiosité incongrue, mon ajout ne se matérialise pas en aval de ma pensée, mais en amont, de sorte que mon lecteur aura connaissance de cet ajout avant la réflexion qui le motive. Le blog débouche sur une esthétique de l'iceberg, où sont visibles les traces les plus récentes de raisonnements immergés. De sorte que le sens ne prévaut plus; il se dérobe dans un tel dispositif. Il amène le lecteur à sentir qu'il s'agit moins de comprendre, que de pressentir. Le fragment éphéméride conduit à appréhender la pensée à travers désir et nostalgie. Le blog advient comme expression journalière d'un monde qui a renoncé à Savoir, autrement dit à tout savoir.
30/12/2009 - culture de l'oubli L'oubli est un invertébré, dont la bouche édentée d'ordinaire effraie. Pourtant je préfère la jachère confuse de l'oubli, au mémorial tiré au cordeau. En l'oubli, s'agglomèrent, travaillent, toutes sortes de résidus qui échappent à la capture toute puissante du regard mémoriel. L'oubli est pareil à ces cartons qu'on pose à l'automne au jardin, en prévision du potager futur; les micro-organismes travaillent à l'ombre, les vers de terre se nourrissent de sa cellulose, qui peu à peu se confond avec le terreau qu'elle fertilise, jusqu'à ce qu'on le découvre, un matin, parcouru par un frisson de simples, camomille, mauve, hysope, aigre-moine, artémise...
17/12/2009 - fonction phatique En chaque flocon menace un roi sans divertissement.
16/12/2009 - météo: temps de rides
Faut-il réagir à l'inertie des villes qui ne veulent pas se rejoindre?
Prévention: déplier son lit au pied d'un paratonnerre.
13/12/2009 - temps de neige. odeur de laurier qu'on brûle.
glissement de terrain.
à nu, tels quels ou quasi,
jugés fossilisés -anciens amours .
chair, terre de chantier
remise en question par la tectonique des plaques.
10/12/2009 - enfoncer les portes ouvertes est parfois une stratégie pour se cogner au double-fond de l'idée.
Très tôt j'ai souhaité échapper à la linéarité temporelle qui s'impose avec une certaine immédiateté, pour la composition romanesque. Le détour par la peinture m'a offert certaines clefs. Avant le "système d'unification de l'espace" proposé par Alberti à la Renaissance, pour reprendre l'expression de Daniel Arasse, les figures s'inscrivaient dans le tableau selon une logique du lieu; la peinture adotait une posture non "rhétorique", mais "mnémonique": l'Annonciation de 1435 de Fra Angelico que l'on voit au musée du Prado, rappelle, par l'insertion, à gauche du tableau, de la représentation d'Adam et Eve à l'instant où ils quittent, éplorés, le jardin du paradis, que la venue du Christ, annoncée à Marie par l'Ange, s'inscrit dans la tragédie de la chute, et vise la réparation de ce scandale intellectuel et affectif par lequel l'humanité se trouve engluée dans la finitude. Dans ce mode de représentation, c'est la juxtaposition des scènes qui invite le spectateur à opérer la construction du sens, par la mémoire herméneutique. Il n'existe pas de coutures explicites entre les scènes, c'est le spectateur qui, dans le silence de la juxtaposition, reconstruit un cheminement implicite, la trajectoire qui conduit d'un lieu à l'autre. Découvrir ce processus a été fondamental pour l'élaboration de ma propre esthétique romanesque, encore inachevée.
09/12/2009 - l'art de la fugue
Hiver.
Offense faite à la logique corporelle par le réveil matin. Puis,
la réticence à se jeter dans la gueule noire de la porte ouverte.
Et pourtant.
A Tunis, l'hiver manquait. Sans hiver, l'été s'émousse, il finit par se résorber dans la conscience. On se retrouve orphelin.
08/12/2009 - pour une petite cosmogonie intérieure.
le citron est un blason.
lézard, volubilité.
arête de poisson, autodérision.
la théière. se recueillir.
la pomme. cliché.
le bouquet, un espace communautaire. espace mythologique d'une résolution des conflits liés à la diversité.
07/12/2009 - Cette question. Forcément.
Plusieurs formes à la réponse; selon l'heure; l'humeur; l'amour; pluie; lumière; solitude. Reviendrait, féroce, noyau dur, l'angoisse. Irradiant. Pareille à l'uranium.
On ne frôle jamais d'aussi près l'ombre de la conscience de vivre qu'à l'orée de l'effroi.
Capter. Capturer. Captiver. L'instant.
25/11/2009 - Après la lecture
de L'avaleur de couleuvres, mardi 17/11. La lecture, la première lecture d'une pièce qu'on vient d'écrire, n'est pas sans évoquer ces livres pour enfants dont, quand on les ouvre, s'échappe un décor de papier qui se déploie en trois dimensions; il nous saute au visage. Comme si l'univers de la pièce, à plat dans l'esprit, advenait au monde, en toute autonomie : l'espace se creuse, des ombres enflent, je découvre les arêtes jusque-là pressenties, dont l'acuité m'était en partie cachée; comme une vague prend la place d'une autre, la voix propre à chaque personnage estompe celle qui restait encore étouffée dans les plis. Stupeur.
24/11/2009 - de la poétique du hasard
cf petit Robert, page sept cent trente trois; à la queue-leu-leu tout y est, carburant, paysage mental, physiologie: diesel dies irae diète
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